La Résurrection d’Arcabas

« L’art est une tentative de capter un rayon de la beauté du visage de Dieu. »

La Résurrection d’Arcabas

C’est en Suisse près de Genève qu’est située la petite église Saint-Clément de Collex-Bossy. En 2001, Arcabas (pseudonyme du peintre Jean-Marie Pirot, né en 1927) y réalisa un retable en forme de croix, peint sur bois comme au Moyen Age, mais dans son style très reconnaissable et très contemporain. Ses dimensions sont de 2,80 m x 4,20 m. Un retable est un tableau que l’on mettait derrière les autels, du Moyen Age au XIXe siècle. Arcabas a peint un retable pour aujourd’hui.resurrection Arcabas

Le mystère de la Rédemption

Le retable récapitule le mystère de la Rédemption et l’histoire de notre Salut par la Croix.

La posture assez inhabituelle du Christ ressuscité, qui sort frontalement de son tombeau en mettant le pied sur le bord du tableau qui figure le bord su Sépulcre, est directement inspirée par une des fresques les plus célèbres de Piero della Francesca, à Sansepolcro dans les Marches (vers 1464). Ce grand peintre, un des artistes majeurs de la Première Renaissance italienne, est connu pour ses personnages massifs et puissants, et sa simplification des volumes. L’impassibilité des personnages également.

Arcabas a changé la jambe qui monte la marche du tombeau, ici c’est la droite et chez Piero la gauche. Mais la fresque italienne est tellement connue qu’on la reconnaît immédiatement. Arcabas a beaucoup adouci l’expression du Christ par rapport à Piero, et surtout il a changé la position des bras. Le Christ ne tient pas l’étendard de la Résurrection comme chez Piero, mais ses bras sont abaissés, mettant en évidence les stigmates des mains. C’est la miséricorde sur laquelle Arcabas a mis l’accent, l’infinie bonté de Dieu pour les hommes. Jésus avance vers chacun de nous comme pour nous prendre dans ses bras. Quatre anges Le couronnent.

arcabas zoom3Sous la main du Christ est dessinée une croix grecque dorée, un motif permanent dans la peinture d’Arcabas. Il superpose parfois deux croix, comme ici, pour insister sur la puissance salvatrice de la Croix du Seigneur. La maison La Couronne s’en est inspirée pour créer sa gamme de croix d’après les dessins d’Arcabas.

Sur la partie gauche du retable, sont représentés, de bas en haut, le calice et le ciboire sur l’autel. En effet l’Eucharistie, comme le Baptême, sont nés du sang et de l’eau qui ont coulé du côté du Christ sur la croix.

Puis les clous, le marteau et les tenailles de la Crucifixion.

En haut, c’est la Déposition de croix et la Déploration du Christ : Marie se penche sur le corps de son Fils que l’on vient de détacher de la croix.

L’Agneau et les Quatre Vivants

A droite on reconnaît un des principaux symboles du Christ dans l’art chrétien : l’Agneau. De son côté coule le sang rédempteur, il porte un nimbe crucifère (une auréole comportant une croix, exclusivement réservée au Christ) et la croix processionnelle de la Résurrection. De nombreuses œuvres d’art, en particulier au Moyen Age mais aussi à notre époque, reprennent ce motif (l’«Agneau de Cluny», le Retable de l’Agneau mystique de Van Eyck à Gand, et tant d’autres). La maison La Couronne offre des modèles de médailles représentant cet Agneau divin. Cette iconographie vient d’une part de saint Jean Baptiste qui, au moment de baptiser le Christ, l’a désigné comme l’«Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde» (Jean 1 29). Et d’autre part, l’Agneau de l’Apocalypse, sur le mont Sion et dans la Jérusalem céleste (aux chapitres 14, 21 et 22 du livre de l’Apocalypse).arcabas zoom1

Autour de l’Agneau figure le Tétramorphe («quatre formes» en grec) décrit par le prophète Ezéchiel, et par le livre de l’Apocalypse au chapitre 4. Ces «quatre Vivants» ont été décryptés dès le IIe siècle par les Pères de l’Église, en particulier saint Irénée de Lyon, comme les symboles des quatre évangélistes, en faisant un rapprochement sagace avec le début de chaque évangile. L’homme (ou ange) pour saint Matthieu, parce qu’il commence son évangile avec la généalogie du Christ. Le lion pour Marc, parce qu’il commence son évangile avec la prédication de Jean Baptiste, dans le désert comme un lion rugissant. Le taureau pour Luc, parce que son évangile débute par le sacrifice de Zacharie, le père de Jean Baptiste. L’aigle pour saint Jean, parce que son évangile est le plus mystique des quatre, comme l’aigle est l’oiseau qui vole le plus haut dans le ciel.

Le Tétramorphe signifie aussi les états du Christ au cours de Sa vie : Il est homme par Sa naissance, veau sacrificiel par Sa mort, Lion de Judas par Sa Résurrection et aigle par Son Ascension.

Il symbolise enfin les vertus du chrétien, qui doit se comporter comme un homme et non comme une bête sauvage, avoir dans certaines circonstances de sa vie la patience du veau et dans d’autres le courage du lion, et enfin «voler haut» comme l’aigle, «tendre vers les réalités d’en-haut» comme le dit saint Paul.

Les plumes de leurs ailes sont multicolores car Arcabas est un amoureux de la couleur, son art est un art de louange et d’allégresse.

Un musicien de la couleur

La couleur éclate sur les peintures d’Arcabas, elle se marie avec l’or, comme les notes jouées par un orchestre symphonique se fondent en une seule harmonie chatoyante. Il dit : «La couleur est un cadeau du ciel. Les couleurs sont comme des notes ; sur une toile, elles doivent s’aimer entre elles. L’art est une tentative de capter un rayon de la beauté du visage de Dieu.» Aussi la peinture d’Arcabas est un véritable kaléidoscope de couleurs : le kaléidoscope de Dieu, qui a doté sa Création de toutes les nuances de l’arc-en-ciel, signe d’Alliance éternelle avec les hommes. Arcabas emploie des teintes flamboyantes, violet, bleu ardoise et vert olive, orange et rouge brique, et toujours beaucoup de feuille d’or véritable. Ici la palette est un peu plus restreinte mais tout aussi éclatante et lumineuse, la gamme des bleus s’associe au blanc : bleu lapis, bleu ciel, turquoise…

Le flibustier de Dieu

Arcabas et son art ont été admirablement croqués, d’une plume alerte, par le Père dominicain François Bœspflug : «L’œuvre de ce flibustier tient du concerto et du fait d’armes : elle brille sabre au clair. Les murs de la maison du Seigneur ont été pris d’assaut par le corsaire-peintre, haut la main. Au diable le tiède !»

Arcabas est contemporain dans la forme, avec des détails cubistes qui peuvent faire penser à Picasso. Cela déroute certaines personnes. Mais la technique comme le fond sont absolument traditionnels, et les dogmes ne sont jamais malmenés, car son œuvre est nourri par la prière et la liturgie.

Son chef-d’œuvre est l’église paroissiale de Saint-Hugues-de-Chartreuse qu’il a entièrement décorée lui-même, à quelques kilomètres du monastère de la Grande Chartreuse : 111 peintures et sculptures sur des thèmes bibliques qu’il y a réalisées pendant cinquante ans.  Ce sanctuaire attire des centaines de milliers de visiteurs par an.

Marie-Gabrielle Leblanc ©

Détail 1.  (L’Agneau divin)

Depuis les débuts de l’art chrétien (en particulier dans l’art copte des chrétiens d’Égypte, à partir du IIe siècle), les artistes prennent l’Agneau divin portant la croix comme un symbole du Christ.

Détail 2.  (Les anges qui encadrent la tête du Christ)

arcabas zoom2En haut du retable, des anges multicolores entourent et adorent le Christ.

 

Détail 3.  (La croix dorée sous la main droite du Christ)

Arcabas a placé sous la main droite du Christ une croix d’or qui figure sur certaines des médailles de la Maison La Couronne.

Retrouvez le travail de l’artiste sur son site : www.arcabas.com

La collection créée avec La Couronne: www.amglacouronne.com

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